façade du Plaza Athénée avenue Montaigne
Londres Noël 2016
Londres Noël 2016

“Moi, j’aime Nouël” me dit mon petit garçon, extatique, en plantant dans les miens ses yeux plein d’étoiles. Nous venions de regarder les vitrines des grands magasins après une promenade parisienne, avions goûté d’un chocolat chaud parfumé à la cannelle et d’une tranche de quatre-quart au glaçage blanc galactique, il avait un ballon vert avec des étoiles blanches et un cornet de marrons chaud dans les mains.

J’étais fatiguée, une méchante sinusite me gâchait les journées, je n’avais pas fini mes cadeaux, une longue liste de réjouissances diverses et pas mal de déplacements et de compromis pour arriver à satisfaire tout le monde nous attendaient. J’en étais arrivée à occulter le plaisir de l’attente, le petit chocolat dans la case du  calendrier de l’Avent, les bougies que l’on allume le soir pour décompter les jours, l’histoire du soir qui prépare Noël, l’excitation qui monte… Je ne voyais plus le spectacle des illuminations, ne me réjouissais pas des fêtes à venir et ne pensais qu’au jour béni où tout serait fini et où j’aurai regagné mes pénates bretonnes et le calme de ma maison. J’avais hâte de quitter les vitrines et de rentrer, la magie de l’instant n’agissait pas parce que je n’y étais pas ouverte, avec ma mauvaise humeur, ma fatigue et mon ras-le-bol.

“Moi, j’aime Nouël”… la phrase magique qui, d’un coup, me ramène à l’essentiel : le bonheur de mes p’tits bouts, le bonheur des grands-parents, le menu soigneusement élaboré, le culte que l’on va partager, la lumière des bougies, la joie des petits et grands, le plaisir de se retrouver, celui d’être ensemble…

20 ans après, quand je commence à râler parce que je n’ai pas d’idées de cadeaux, qu’il va “falloir faire” les magasins, sortir du fond de la cave les décorations, que la flemme me pousse à ne pas installer la crèche, que je tends à aller au plus simple pour le menu, je repense à ces grands yeux bleus se plantant dans les miens et cette petite voix chargé de bonheur : “moi, j’aime Nouël” et d’un claquement de doigts, je redeviens l’enfant que je ne devrais jamais cessée d’être.

Merci mon fils.